Octobre : le grand passage des oiseaux au-dessus de la Chartreuse

À l’automne, tandis que les jours raccourcissent et que les premières couleurs apparaissent dans les forêts, un autre changement de saison se joue au-dessus de nos têtes. Des millions d’oiseaux sont en route vers leurs quartiers d’hiver. Pour beaucoup d’espèces, septembre et octobre marquent en effet le temps de la migration postnuptiale, ce grand voyage qui les conduit parfois à plusieurs milliers de kilomètres de leur lieu de reproduction.

Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas seulement l’arrivée du froid qui pousse les oiseaux au départ. La diminution des ressources alimentaires joue un rôle essentiel : les insectes deviennent plus rares, certaines plantes ne produisent plus de graines ou de fruits, tandis que les zones humides du nord de l’Europe commencent progressivement à geler. Chaque espèce adopte alors sa propre stratégie : certaines parcourent quelques centaines de kilomètres, d’autres traversent la Méditerranée et le Sahara. Certaines voyagent en plein jour, d’autres profitent de la nuit pour avancer dans un air plus frais et moins turbulent.

En Chartreuse, rendez-vous au Col des Ayes

Nos reliefs constituent de formidables postes d’observation de ces déplacements. Le Col des Ayes, entre Saint-Pierre-de-Chartreuse et le Plateau-des-Petites-Roches, est un site particulièrement intéressant. C’est aujourd’hui le seul col de Chartreuse connu pour avoir fait l’objet de suivis spécifiques de la migration des oiseaux.

Sa configuration explique en partie cet intérêt. Le col se situe au débouché d’un vallon orienté nord-sud qui peut canaliser une partie du flux migratoire. Ici, ce sont surtout les petits passereaux qui attirent l’attention. Les anciens suivis citaient notamment les Pinsons des arbres et Pinsons du Nord, ainsi que différentes mésanges, dont la Mésange bleue et la Mésange noire. Les grands oiseaux planeurs, comme certains rapaces ou les cigognes, profitent davantage des ascendances thermiques de la vallée de l’Isère.

Et il ne faut pas forcément s’attendre à voir d’immenses nuées ! La migration peut se révéler par le passage rapide de quelques oiseaux, parfois très bas au-dessus du col. Les oreilles deviennent alors presque aussi importantes que les jumelles : les cris de contact permettent souvent aux ornithologues de détecter et d’identifier les migrateurs avant même de les voir.

Cette année, les 10 et 11 octobre 2026, l’ABC de Chartreuse remet justement la migration à l’honneur au Col des Ayes. Un point d’observation y sera installé avec des ornithologues et l’équipe du Parc naturel régional de Chartreuse. Longues-vues, échanges et découverte des oiseaux seront au programme, avec un accès libre au stand. Des montées accompagnées depuis le Col du Coq sont également proposées sur réservation.

Et si l’on suivait les migrateurs à travers toute l’Europe ?

Pour prendre un peu de hauteur — virtuelle cette fois-ci — un outil permet de suivre ces mouvements à l’échelle du continent : l’EuroBirdPortal.

Présenté sur le site de Faune-France, ce portail rassemble les observations provenant de nombreux réseaux naturalistes européens. Et l’outil vient de connaître une évolution majeure : depuis septembre 2026, il permet de visualiser la répartition hebdomadaire de près de 600 espèces d’oiseaux en Europe, à partir de plus de 750 millions d’observations collectées depuis 2010. Les cartes sont actualisées quotidiennement et les données les plus récentes permettent de suivre les déplacements des oiseaux presque en temps réel.

Le principe est simple : choisissez une espèce — pourquoi pas le Pinson des arbres ou le Pinson du Nord — puis lancez l’animation. Semaine après semaine, les cartes font apparaître les changements de répartition à travers l’Europe. On peut également afficher deux cartes simultanément, par exemple pour comparer deux espèces ou deux périodes. Les données sont représentées dans des mailles de 30 × 30 km.

C’est une façon particulièrement parlante de comprendre que les quelques oiseaux aperçus un matin au-dessus du Col des Ayes prennent part à un phénomène qui se joue à l’échelle de tout un continent.

*Une petite précaution cependant : une absence de donnée sur la carte ne signifie pas nécessairement une absence d’oiseau. L’effort d’observation n’est pas identique partout et les cartes reflètent aussi l’activité des observateurs.

Alors, en octobre, un conseil : levez les yeux ! Une petite troupe de pinsons, quelques mésanges filant au-dessus d’un col ou une silhouette traversant la vallée racontent peut-être le début d’un voyage de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres. Et pour prolonger l’observation depuis chez vous, partez à leur poursuite sur l’EuroBirdPortal.