La prédation en Chartreuse

Dans les Alpes, les troupeaux domestiques connaissent différents prédateurs comme le loup, le lynx ou les chiens errants.
Jusqu’à récemment, le loup n’était pas très présent en Chartreuse et n’avait donc pas causé beaucoup de victimes parmi les troupeaux. Ces trois dernières années, les évènements se sont accélérés concernant la prédation par le loup en Chartreuse :

  • Fin octobre 2016 : deux troupeaux ont subi des attaques typées loup sur le secteur des Entremonts.
  •  En 2017, il n’y a pas eu d’attaque déclarée au titre du loup sur le massif. Cependant, un loup a été observé à plusieurs reprises au Charmant Som.
  • En 2018 : 15 attaques ont été déclarées sur le territoire du Parc de Chartreuse, dont 12 ont été reconnues comme attribuables au loup.  Ces attaques ont fait 16 victimes indemnisées.

Deux secteurs géographiques ont été touchés :

  • les alpages des Hauts de Chartreuse (Alpette de Chapareillan et  Alpe de Sainte Marie Du Mont), où 10 ovins ont été trouvés morts entre le 9 août et le 8 septembre
  • les collines du Guiers entre La Buisse et Miribel-les-Echelles, où 6 bovins (essentiellement des veaux) ont été tués.

Pour en savoir plus sur la population de loups en France, visitez le site de l’ONCFS : http://www.loupfrance.fr/

En cas d’attaque sur votre troupeau

Procédure pour les constats

La réception des plaintes est assurée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 :

En Isère :
  • si votre troupeau est en alpage :  Fédération des Alpages de l’Isère : 04 76 71 10 25,
  • sinon : DDT 38 : 04 56 59 42 22.
En Savoie :
  • DDT Savoie : Numéro d’appel en cas d’attaque de loup ou de lynx : 04 79 71 72 22

Un répondeur permet d’enregistrer les dates, lieux et victimes de l’attaque ainsi que vos nom, prénom et numéro de téléphone. La DDT, dès la consultation de votre message, prévient un agent constatateur qui vous rappelle. Il s’agira d’un agent de l’ONCFS, sauf sur la Réserve des Hauts de Chartreuse, ou ce travail sera réalisé par un agent de la Réserve aidé d’un salarié.

Recommandations

Si possible :

  • ne pas déplacer les victimes, sauf nécessité, et faire attention à ne pas effacer les éventuels indices du prédateur (traces de pattes dans la boue autour du cadavre, …)
  • couvrir les cadavres pour les soustraire à la vue des charognards (bâches, branchages, pierres, …) ou les attacher à un arbre pour éviter qu’ils ne soient déplacés par les charognards
  • prendre des photos en plan large des bêtes tuées ou blessées et en plan rapproché des traces de morsures et de consommation
  • relever le numéro d’identification complet des animaux
  • prévoir d’accompagner l’agent chargé du constat
  • rassembler, compter, et vérifier le troupeau attaqué pour voir s’il y a d’autres bêtes blessées ou disparues.

Aides à la protection des troupeaux

Un dispositif d’aide à la protection des troupeaux financé par l’Etat et l’Europe, permet de prendre en charge une partie des dépenses relatives au gardiennage renforcé, au regroupement nocturne des troupeaux et à l’utilisation de chiens de protection.

Sont considérés comme protégés, au titre du plan d’action 2018-2023 :

  • les troupeaux pâturant dans un parc électrifié, d’une hauteur de 80 cm minimum,
  • les troupeaux pâturant dans un parc en présence d’au moins un chien de protection,
  • les troupeaux évoluant sous la garde d’un berger et regroupés la nuit en parc électrifié d’une hauteur de 80 cm minimum ou en présence d’au moins un chien de protection.

Est-ce que j’y ai accès ?

Tous les éleveurs d’ovins ou caprins possédant au moins 25 animaux et les faisant pâturer plus d’un mois en zone d’éligibilité de la mesure (cercles 1 et 2 – voir la carte Isère ici) peuvent avoir accès à cette aide qui se décline par catégorie de taille du troupeau.

Il n’y a pas de dispositif dédié pour les élevages de bovins. Néanmoins, si des attaques sur bovins sont constatées, il est possible de mobiliser des crédits d’urgence pour accompagner les éleveurs concernés.

Le taux d’aide est de 80 % pour toutes les mesures, et porté à 100 % pour les tests de comportement des chiens, les analyses de vulnérabilité et pour l’aide au gardiennage dans les zones cœur des parcs naturels nationaux et les réserves naturelles.

 

Comment faire ?

Entre le 1er janvier et le 31 mai de chaque année, vous constituez votre demande d’aide à la protection des chiens de troupeau. Les dossiers à compléter sont fournis par votre DDT. Vous pouvez être aidé pour cela par :

Comment organiser la défense de mon troupeau ?

Pour permettre aux éleveurs de défendre leur troupeau, l’Etat a mis en place « des dérogations à l’interdiction de capture ou de destruction pour prévenir des dommages importants, à condition qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas au maintien de l’espèce dans un état de conservation favorable. »

Concrètement, cela se traduit par un dispositif permettant, en fonction du contexte, de procéder à des tirs :

  • d’effarouchement (non létal, pour détourner le prédateur du troupeau)
  • de défense (faire disparaître un animal menaçant un troupeau)
  • de prélèvement (réduire la pression de prédation sur un territoire)

L’administration a conçu un document récapitulatif pour vous permettre de connaître votre situation au regard des tirs. Sous forme de fiches, il est accessible ici.

Où y a-t-il des attaques ?

Dispositif MapLoup

La FAI et la SEA 73 ont travaillé à un outil cartographique recueillant tous les signalements d’attaque reçus par les services pastoraux et/ou les DDT. Cet outil est mis à jour heure par heure, sans attendre les résultats de l’instruction des constats, c’est-à-dire sans exclure les attaques dues à d’autres causes que la prédation par des loups et lynx. Dès qu’un signalement est ajouté à la carte, des SMS sont envoyés aux éleveurs du territoire concerné pour les alerter.

L’objectif de cette démarche est de porter rapidement à connaissance les demandes de constats, d’avoir un outil de suivi de la prédation quasiment en temps réel, de se prévenir mutuellement et d’ajuster le niveau de vigilance des bergers selon le contexte.

La carte 2019 actualisée est en ligne ici.

Le Parc s’engage aux côtés des éleveurs

Recueil et partage des informations

  • Le Parc s’engage dans une démarche partenariale de collecte d’informations avec les éleveurs. Pour cela, des pièges-photos sont mis à leur disposition, avec responsabilité partagée. Sur demande individuelle, un agent du Parc viendra placer un appareil à proximité d’un troupeau pour tenter de collecter des images d’un éventuel passage de prédateur. Contact : Lise Denat (04 79 88 75 20)
  • Toute information recueillie par le Parc sera, après vérification de sa fiabilité, partagée à tout le réseau des éleveurs. un récapitulatif trimestriel des observations sera adressé, même en absence de nouveauté.

Accompagnement à la protection

Décider d’acquérir un chien de protection, le trouver, l’accueillir dans sa ferme, l’éduquer en l’intégrant au troupeau et en le sociabilisant à l’humain… Toutes ces étapes ne sont pas anodines et impliquent un savoir qu’il faut acquérir. La formation de l’éleveur est la clé pour disposer d’un chien efficace contre les prédateurs et respectueux des usagers de la montagne. Le Parc avec la DDT et les services pastoraux, proposent des journées d’échanges d’expériences et de formation par des techniciens – éleveurs du territoire.

Parcage et gestion des troupeaux en pâture

Préserver ses animaux de la prédation implique aujourd’hui une surveillance renforcée, donc un supplément de travail pour les éleveurs. Cela peut également amener des modifications de pratiques avec des conséquences sur l’organisation du travail. Pour tenter de préserver l’équilibre de travail des éleveurs, le Parc invite les éleveurs à une réflexion collective sur l’emploi de bergers d’appui, dans le cadre des aides à la protection.

Un appel à bénévoles est également possible pour aider au montage de nouvelles clôtures contre les prédateurs.

Réseau d’éleveurs pour une réflexion collective

Un comité de pilotage informel, composé d’éleveurs et de techniciens du Parc, permet de partager les expériences de terrain et les observations de chacun afin de cibler les démarches bénéfiques pour l’élevage.

Pour vous y joindre, contactez Lise Denat au Parc.

Pour une compréhension des enjeux partagée entre éleveurs et usagers de la montagne

Modifier ses pratiques de pâturage et intégrer un chien de protection au troupeau, sont des changements que les éleveurs sont amenés à opérer, mais qui ont également un impact sur les personnes qui côtoient les espaces pastoraux. Dans un contexte où la prédation complique le travail d’élevage, il est important que les enjeux soient partagés par tous, pour une compréhension mutuelle indispensable au vivre ensemble.

Pour favoriser ces adaptations collectives, le Parc organise des journées d’échange entre bergers et randonneurs et proposera des actions de sensibilisation aux touristes et habitants.