Et si on parlait fréquentation ?

Posté le 30/07/2020 - Biodiversité
0 commentaire

Depuis 2014, la Réserve naturelle des Hauts de Chartreuse s’est dotée d’éco-compteurs (cellules simples ou double sens et une dalle de comptage). L’objectif de ce suivi était d’avoir des éléments tangibles sur l’évolution de la fréquentation de ce site coincée entre Chambéry et Grenoble et très proche de Lyon ; potentiellement un bassin de population d’environ 600 000 personnes, dont des pratiquants qui ne connaissent pas ou peu les pratiques de la montagne. Au vu des derniers relevés il nous a semblé intéressant de communiquer sur ces premiers retours.

Ces éco compteurs de la réserve des Hauts de Chartreuse ont été relevés post-confinement vers la mi-juillet 2020. Il est important de rappeler que les éco compteurs comptent des passages et non des personnes devant leurs capteurs ou sur la dalle : parfois les animaux sont pris en compte (vaches à la montée ou la descente en alpage, chamois ou bouquetin de passage). Cependant, ces quelques « extras » restent constants chaque année et ne modifient donc pas les tendances globales.

Les données brutes révèlent toutes des chutes de fréquentation à partir de mi-mars, pour atteindre un niveau proche de zéro jusqu’au début du mois de mai. C’est clairement l’effet « confinement ». On remarque sur un de nos sites « phares » une petite hausse de fréquentation mi-avril, est-ce alors un potentiel effet « relâchement » ? Nous ne savons pas.  Ce que nous savons en revanche, c’est que les deux semaines suivant le déconfinement et notamment les week-ends, marquent une hausse significative de la fréquentation. Comparativement à l’année passée à la même période, il y a de 30 à 98 % de passages en plus.

Plus largement, nous avons atteint des pics historiques depuis le début des mesures en 2014 : c’est ce que nous voyons sur le graphique ci-dessus. Par exemple, plus de 3300 passages le 18 mai 2020 à l’Alpette alors que la fréquentation n’y a jamais atteint les 2000 par jour et plus de 1500 passages pour les Varvats ce même 18 mai 2020 alors qu’il n’y avait jamais eu plus de 1000 passages par jour.

Cette « envie de nature » s’est peu à peu calmée et on constate dès début juillet un retour aux tendances moyennes des années passées, en restant dans des valeurs hautes mais avec toutefois encore une très forte fréquentation de bivouacs qui a d’ailleurs donné lieu le 23 juillet à un départ d’incendie.

Nous constatons une hausse de ces feux ainsi que de promeneurs avec des chiens. Nous voulons rappeler et insister ici sur le fait que les réserves naturelles ne sont pas des espaces comme les autres. L’objectif est de laisser les milieux y évoluer le plus librement possible. C’est pour cela que les chiens, même les plus attendrissants, sont vu comme des prédateurs et dérangent par leur simple présence toute une partie de la faune. De la même manière, les sols mettent des milliers d’années à se constituer (15000 à 40000 ans suivant les sites). Un feu stérilise et détruit ce sol sur le très long terme, c’est d’ailleurs comme cela que nous retrouvons la trace de ancêtres préhistoriques.  

Nombre de témoignages attestent de la recolonisation de l’espace par la faune en l’absence d’humains (par exemple des espèces sont découvertes à des endroits où précédemment on ne les voyait jamais). Suite au déconfinement et à l’afflux massif de randonneurs, la faune a très vite été obligée de se reconcentrer dans les endroits plus isolés et de fait, reperdre les territoires momentanément reconquis l’espace de quelques semaines avec tous les désagréments que cela engendre (obligation d’abandonner la nidification commencée à proximité immédiate d’un chemin de randonnée par exemple). Cet impact du retour rapide et massif des personnes sur la faune et la flore dans nos montagnes, constaté dans beaucoup de sites n’est pas visible directement lorsque l’on se balade, pour autant il est bien là et les effets se font sentir sur le long terme.

Aidez nous à préserver encore mieux le site et ses espèces en choisissant de préférence des itinéraires sur les sentiers balisés et en respectant la règlementation.