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PORTRAIT : Fabien Hobléa, président du Comité scientifique de Chartreuse

P9_Fabien-HobleawUn comité de savants pluridisciplinaire veille en Chartreuse. Y compris sur l’esprit des lieux… Pour mieux conjuguer conservation, développement respectueux de la Charte du Parc et innovation, le Conseil scientifque est depuis 15 ans à la disposition des élus et au service des divers usagers du Parc. Président du Conseil Scientifique du Parc de Chartreuse, notamment, Fabien Hobléa est enseignant-chercheur en géographie environnementale à l’Université Savoie-Mont Blanc. Rencontre...

La plupart des projets sur le territoire d’un Parc a tout à gagner d’un éclairage et/ou d’une médiation scientifiquement fondés. Saisi à l’occasion par les élus, ou sinon auto-saisi, le Conseil scientifique du Parc de la Chartreuse est présidé par un universitaire qui « fait corps » avec ce territoire : que n’a-t-il exploré ses sommets, ses pentes et leurs entrailles!

Président du Conseil Scientifique du Parc de Chartreuse, notamment, Fabien Hobléa est enseignant-chercheur en géographie environnementale à l’Université Savoie-Mont Blanc. « Ce n’est pas un conseil naturaliste », prévient-il. D’ailleurs sa lettre de mission a resserré le nombre des membres (une quinzaine) et l’a élargi à des expertises débordant celles des sciences dites dures. Spécialité de son président, la géographie environnementale est d’ailleurs « une discipline au carrefour de beaucoup d’autres : économie, sociologie, culture… », un positionnement fort utile au regard de la gestion du territoire portée par la Charte, convient Fabien Hobléa.

Ses centres d’intérêt « percolent » à merveille en ce milieu : arrosé, boisé, caverneux. A l’origine d’un Observatoire participatif de l’eau en Chartreuse-Guiers, ce savant ouvert aux profanes est également ancien champion de course à pied en milieu naturel qu’on appelle le trail, et de longue date passionné de spéléologie. Des activités constitutives de l’identité du Parc.

Spéléologue, coureur de fond…

Au nord, bien visible par temps clair depuis le musée de l’Ours des cavernes à Entremont, la Balme à Collomb du mont Granier recelait les ossements d’animaux préhistoriques y hivernant vraisemblablement depuis au moins 45 000 ans, jusqu’à leur découverte à l’automne 1988 par deux veinards collègues du Spéléo club de Savoie auquel Fabien Hobléa appartient depuis son arrivée dans la région, adolescent. Ironie du sort, la découverte de la Galerie des Ours, close naturellement depuis des millénaires, eut lieu pendant qu’il crapahutait en tant qu’« appelé » dans les cavernes du plateau d’Albion voisin. Quelle guigne! Mais Fabien Hobléa a ensuite repris le flambeau, et donné encore plus de visibilité à cette trouvaille inopinée en œuvrant au projet à la fois scientifique, éducatif et touristique du Musée de l’Ours des cavernes*. C’est aujourd’hui, à Entremont-le-Vieux, un substitut à la visite de la grotte elle-même, plus accessible et accueillant, et le 4ème site culturel payant de Savoie le plus fréquenté. S’y voit un film pédagogique pour partager avec le grand public la « réalité » de la fabuleuse grotte. Il reconstitue la vie des animaux et de l’homme à l’époque paléontologique grâce à une innovations : la caverne scannée (la 2ème en France) grâce au mécénat d’EDF et un film en 3D -une première, il y a 15 ans ! En projet, un autre film et à l’été 2016, pour fêter les 20 ans de cette découverte, une grande fête préhistorique avec, durant 2 jours, l’extraordinaire possibilité de visiter la Balme à Collomb « en vrai ».

…et géographe du territoire dans toutes ses dimensions

Haut lieu de la spéléologie -et berceau de l’entreprise Petzl y fabriquant aujourd’hui encore du matériel mondialement réputé, la Chartreuse développe un trail « responsable », fort du conseil d’un ancien champion en la matière, Fabien Hobléa toujours. Réseau de pistes, compétitions, gîte, matériel conçu, vendu voire fabriqué sur place (RaidLight), l’activité est à plus d’un titre attractive. Un projet de piste forestière sur le territoire du monastère de St Bruno qui tire son nom du massif, la Grande Chartreuse, a aussi mobilisé le Conseil scientifique. De même, un projet de micro-centrale susceptible de troubler le silence, et donc l’esprit des lieux. Cet aspect a suscité la création d’un groupe de travail, controversée, au sein du Conseil. Autre question soumise à sa sagacité, quand le Bouquetin réintroduit sous la houlette du Parc, Flocon, s’est retrouvé un hiver piégé par sa gourmandise, entraînant dans son sillage de « mâle dominant » quelques femelles obnubilées : laisser faire la nature ou bien les secourir? Un point d’éthique épineux… que les membres du Comité scientifique n’ont pas eu à trancher cette fois. Dame nature les a devancés. D'autres cas de conscience surgiront du bois (gaz de schiste? Center Park?) abondant ici, comme l'eau du ciel. Apparemment.

les membres du conseil scientifique du Parc de Chartreuse